Yoann, jeune doctorant chercheur à l’école des Mines de Saint Etienne s’est lancé dans le secteur de la santé dans le but de pouvoir aider son prochain (quelqu’un connait une cause plus noble que celle-ci ?). Actuellement, il est en train de réaliser une thèse qui consiste à développer des modèles de poumons pour étudier les dépôts d’aérosols et ainsi réduire l’expérimentation animale. (What a men !)
Parcours, doute, interrogation ? Yoan a répondu à toutes nos questions pour nous expliquer un peu plus ces recherches et son quotidien…

Yoann, tu es doctorant chercheur, peux-tu nous raconter ton parcours ?

Mon parcours commence à la sortie du lycée (un petit établissement un peu fatigué de Seine et Marne). Je me lance dans les études de santé via la PACES à Paris 6 (maintenant Sorbonne Université), qui vient tout juste d’être mise en place. Après une première année un peu en dilettante, je redouble mon année et attaque sur de meilleures bases. Au terme de cette année, j’intègre les études de pharmacie au sein de l’Université Paris-Sud (maintenant Paris-Saclay) au sud de la région parisienne.

En France, le cursus de pharmacie dure 6 ans au total en incluant la PACES. Après un tronc commun, il se divise en 3 filières : filière officinale, filière hospitalière (que l’on intègre en passant l’internat de pharmacie) et la filière industrie/recherche. C’est cette dernière qui m’a intéressé, car très attiré par la recherche et ses défis, ce qui explique que j’ai orienté ma formation en ce sens. Au sein de ma faculté, la 6e année permet de réaliser un master 2 (ou équivalent), afin de se spécialiser avant l’entrée dans la vie professionnelle. J’ai effectué mon M2 à Angers, une formation spécialisée dans le développement de nanoparticules thérapeutiques. Comme tout M2, il est nécessaire d’effectuer un stage de 6 mois.

J’ai réalisé ce stage à l’Université Catholique de Louvain en Belgique à Bruxelles. J’avais pour mission de développer une nanoparticule et de faire la preuve de concept de l’utilité d’un médicament dans le traitement du cancer du sein. Après de longs mois, nous avons réussi à prouver notre théorie et à faire publier notre travail dans une revue scientifique.

Cela nous amène au doctorat, cette formation de haut niveau qui permet d’accéder au grade de docteur. C’est une formation à la recherche par la recherche. Pour faire simple, on apprend à devenir chercheur en portant un projet de recherche pendant 3 ans sous la tutelle d’un directeur de thèse. J’ai intégré, pour cette partie de ma formation, l’École des Mines de Saint-Etienne et plus particulièrement le Centre Ingénierie et Santé, centre de recherche translationnelle dédié à l’ingénierie de la santé. Trois départements, aux noms éponymes, composent les équipes travaillant sur différents domaines :

  • Ingénierie des systèmes de soins et des services de santé (I4S)
  • Surfaces et tissus biologiques (STBio)
  • Biomatériaux et particules inhalées (BioPI)

Ce dernier département est celui dans lequel je travaille.

Quel est ta spécialité de recherche ? Comment en es-tu arrivé là ?

La spécialité de ma thèse est à cheval entre la pneumologie, les modèles précliniques, la pharmacie et la science des aérosols. Le projet de thèse que je porte, financé par l’Agence Nationale pour la Recherche (ANR), consiste à développer des modèles de poumons pour étudier les dépôts d’aérosols, thérapeutiques ou potentiellement toxiques. Le but de ces modèles est double améliorer l’étude des dépôts pulmonaires en fournissant des modèles pertinents, facile à utiliser et économiques tout en réduisant l’expérimentation animale.

Les modèles sont composés d’une réplique de tête imprimée en 3D, d’une enceinte étanche contenant des poumons de porcs, qui est un déchet de l’industrie agro-alimentaire. Ces poumons sont ventilés en appliquant des pressions négatives dans l’enceinte.

Je suis arrivé là en répondant à une offre de thèse, alors que j’étais encore en Belgique. Suite à la réponse négative de l’école doctorale Nantes-Angers, je me suis mis à rechercher des sujets de thèse qui pourraient m’intéresser et pour lequel mon profil aurait pu correspondre. Je suis tombé sur une offre, un peu hors de mon domaine de compétences, dont le projet à attirer mon œil et mon attention.

Après un CV et une lettre de motivation, j’ai reçu une réponse pour mettre en place un entretien. Après 1h d’entretien, mon avis était fait et mon directeur de thèse en devenir a validé ma candidature, lançant ainsi toutes les étapes administratives pour mon inscription (presque la pire partie du recrutement, en fait). Ce qui m’a conforté dans ce choix, c’est que le feeling est passé tout de suite et que mon interlocuteur était complètement transparent dans ses attentes. Aujourd’hui, après un peu plus d’un an et demi de thèse, je ne regrette absolument pas ce choix.

Aujourd’hui, après un peu plus d’un an et demi de thèse, je ne regrette absolument pas ce choix.

Il s’agit de nombreuses années d’études pour devenir chercheur, n’as-tu jamais douté ?

Le doute a toujours suivi mon parcours estudiantin, pour être honnête. Tout d’abord, après l’échec de ma première PACES. Ensuite, durant mon cursus de pharmacie, j’ai énormément douté. En effet, le nombre de métier qu’il est possible d’exercer dans le domaine pharmaceutique est proprement ahurissant. Ayant beaucoup d’intérêts dans différents domaines, j’ai eu beaucoup de mal à choisir une voie, car beaucoup me plaisaient. Une fois que j’ai eu choisi cette voie, l’objectif que je m’étais fixé m’a porté.

Toutefois, le doute ne s’est pas arrêté pour autant. Je ne doutais pas de ma motivation mais de mes capacités. En effet, j’ai choisi des formations intenses et poussées, qui nécessitent une implication importante tant intellectuelle que temporelle, particulièrement le M2 où ton résultat conditionne l’entrée potentielle en doctorat. Pour finir, le doctorat, un projet de 3 ans qui avance aussi vite et aussi loin qu’on le porte, est une machine à doute : est-ce que je prends la “bonne voie” ? est-ce que mes résultats sont valides ? … On est constamment assailli de questions.

J’ai la chance d’avoir un directeur de thèse incroyable, un support familial et amical très présent, je m’estime très chanceux sur ce point, car ce n’est pas le cas pour tous les doctorants.

As-tu toujours voulu faire de la recherche ?

Comme je le disais précédemment, j’ai un champ d’intérêts culturels, scientifiques et sportifs assez vaste. En intégrant la PACES, je voulais entrer dans la santé pour aider mon prochain. Intégrer les études de pharmacie a répondu à cette envie. J’ai “découvert” le monde de la recherche par des enseignements transmis par des chercheurs, lors de ma 3e année de pharmacie, qui m’ont transmis le virus de la recherche, qui ne m’a pas quitté depuis.

C’est un monde particulièrement stimulant, on peut se poser 1000 questions différentes sur des sujets variés et toujours trouver de nouvelles questions le lendemain. On ne s’ennuie jamais, il y a toujours quelque chose de nouveau à faire, des conclusions à tirer, des expériences à concevoir, …

Quel est la journée type d’un doctorant chercheur ?

Le doctorant et le chercheur en général n’a pas réellement de journée-type. L’intérêt des métiers de la recherche, c’est qu’on est assez libre de son emploi du temps, du moment que l’on rentre dans les clous des deadlines qui peuvent nous êtres imposées. Pour illustrer les différentes activités qui occupent mes journées, voici une petite liste de mes tâches au cours d’une journée/semaine :

  • Administratif : gestion des mails, organisation/participation à des réunions scientifiques (équipes, projets, …)
  • Expérimental : conception, réalisation et traitement des expériences et des données générées.
  • Valorisation : écriture d’articles, participation à des congrès.
  • Vulgarisation scientifique auprès du grand public.
  • Bibliographie : recherche et lecture d’articles d’autres chercheurs.
  • Enseignement : réalisation de cours magistraux, encadrement d’étudiants/élèves pour des travaux pratiques.
  • Suivis de formations.

Toutes ces activités peuvent se télescoper au cours de la journée. Dans la recherche, il faut être plastique, apprendre à travailler sur plusieurs fronts différents en même temps. Il faut aussi apprendre à bien s’organiser et à bien gérer son temps, parce qu’on court toujours après dans ce domaine.

On ne s’ennuie jamais, il y a toujours quelque chose de nouveau à faire, des conclusions à tirer, des expériences à concevoir, …

… l’éthique animale a énormément progressé ces dernières années..

Ton but est donc de rendre possible une alternative à l’expérimentation animale, cette cause te tient particulièrement à cœur j’imagine, raconte-nous

Dans la recherche en santé, l’expérimentation animale est une étape-clé, qui est obligatoire par certains aspects réglementaire. Dans le développement d’un médicament, les industriels sont obligés de passer par cette étape. En outre, l’expérimentation animale a servi depuis des centaines d’années à faire avancer la recherche.

Toutefois, depuis une quarantaine d’années, on assiste progressivement à un changement des façons de faire. Cette prise de conscience a été mise en place par les directives 3R (Réduire, Raffiner, Remplacer) qui visent à améliorer l’éthique de l’expérimentation animale et à réduire son utilisation. De plus, l’éthique animale a énormément progressé ces dernières années, avec l’adoption de textes réglementaires relativement stricts pour encadrer l’expérimentation animale.

C’est ce point qui m’a particulièrement intéressé dans mon projet de thèse. En effet, j’ai eu l’opportunité de participer à des expérimentations sur animaux au cours de mes études. C’est quelque chose que j’ai aimé pratiquer pour l’aspect scientifique de la chose mais éthiquement, j’ai toujours été dérangé par ce point . Je sais qu’il est nécessaire mais j’en conçois une certaine gêne même si j’en reconnais les apports. Je trouve donc intéressant et nécessaire de développer des méthodes expérimentales (mathématiques, in vitro ou ex vivo) qui vont permettre de réduire l’utilisation (et donc la souffrance des animaux) au strict nécessaire.

Je ne suis pas dans les extrêmes et je reconnais la nécessité de l’utilisation des animaux comme un substitut aux études sur l’Homme dans les étapes précoces du développement d’un médicament. Toutefois, je souhaiterais qu’il y ait plus de méthodes alternatives permettant d’éviter certaines expériences peu pertinentes.

Si je prends le cas de mon domaine d’études, les aérosols médicaux, leur développement précoce nécessite de tester leur efficacité et leur profil toxicologique. Pour réaliser ses études, on réalise des expériences sur des souris ou des rats. Toutefois, même s’il existe une certaine homologie entre les rongeurs et l’humain, on comprend très facilement que ces modèles animaux sont peu pertinents, du fait de leur taille, de leur profil respiratoire. On peut aussi utiliser des animaux plus gros, comme le porc ou le mouton, mais là on se heurte au problème inverse, les animaux sont beaucoup plus imposant, difficile à manipuler ce qui nécessite de les sédater et donc, on modifie les paramètres respiratoires et les différences physiologiques/anatomiques sont là aussi présentes.

Il arrive aussi qu’on utilise des singes pour avoir moins de variations physiologiques/anatomiques mais, là encore, la coopération de l’animal est difficile à obtenir. En outre, l’utilisation d’animaux, hormis les aspects éthiques, présente d’autres limites : le coût et le temps. Ce genre d’expériences nécessite des animaleries et l’achat des animaux, cela représente des sommes importantes qui sont de plus en plus dures à supporter pour les laboratoires de recherche, c’est un réel investissement. Cet investissement est aussi temporel, car les expériences sur les animaux nécessitent un suivi des animaux, la mise en place et la réalisation des expériences est très chronophage.

Là est tout l’intérêt des modèles alternatifs. Dans mon cas, l’utilisation de poumons de porcs, obtenus auprès des abattoirs, permet de valoriser un déchet de l’industrie agro-alimentaire. Cela permet de lever, en totalité ou en partie, les limites des expérimentations animales. En effet, le coût est très réduit, car nous n’avons pas d’animalerie et donc pas de personnel dédié au bien-être des animaux. En outre, le temps nécessaire à la mise en place et à la réalisation des expériences est contracté au maximum. De plus, cette méthode de fonctionnement nous permet de réaliser plus d’expériences, en moins de temps et à moindre coûts. Pour finir, ces expériences sont plus faciles à réaliser.

Pour conclure, la cause de l’éthique dans l’expérimentation animale est extrêmement importante, tant à mes yeux qu’aux yeux de la législation. C’est un point majeur sur lequel des efforts doivent être consacrés pour réduire au maximum son utilisation. Les enjeux sont aussi importants, en termes économiques et temporels.

On entend beaucoup de choses sur la recherche en France, et ce n’est pas toujours positif. Quelles sont les conditions de travail ? Trouvez-vous suffisamment de fonds ?

Les conditions de travail peuvent varier en fonction des labos et de ville en France ou en Belgique. Dans tous les cas, le financement de la recherche reste le nerf de la guerre. C’est devenu de plus en plus chronophage pour les directeurs de recherche, la recherche de financement pour permettre de pérenniser les projets dans le temps.

Les conditions de travail, en termes relationnels, ont toujours été bonne peu importe les labos où j’ai travaillé. Il arrive qu’il y ait quelques frictions mais ce sont les aléas de travail et, généralement, ces frictions ne durent pas. Les conditions de travail, en termes matériels, varient énormément en fonction des labos et des financements.

Dans tous les cas, le financement de la recherche reste le nerf de la guerre.

Actuellement, j’ai la chance d’avoir un financement qui couvre mon salaire et tous les consommables de mon projet. En outre, l’École des Mines s’intéresse beaucoup à la qualité de vie au travail, nous sommes donc particulièrement choyés. En outre, pour financer nos projets nous acceptons des contrats avec des industriels. Cela permet, en ré-utilisant nos compétences et notre expertise, de financer d’autres projets. Toutefois, ce n’est pas possible dans tous les domaines. De plus, le statut particulier de l’École des Mines, qui dépend du Ministère de l’Industrie, permet plus de souplesse et de réactivité dans la contractualisation, ce qui est d’autant plus attractif pour les industriels.

Le financement de la recherche en France, et dans le monde de manière plus générale, est un réel problème qui limite et ralentit le développement des connaissances.

Qu’envisages-tu pour la suite ?

Pour la suite, j’hésite encore entre la réalisation d’un post-doctorat ou de postuler dans l’industrie pharmaceutique. Le post-doctorat est un poste qui fait la charnière entre le doctorat et le poste d’ingénieur de recherche/directeur de recherche. Cela consiste à encadrer un ou deux doctorants sur un projet, en gérant tous les aspects de ce dernier : axes de recherche, management, recherche de financement et expérimentation. Le post-doc agit comme pivot et intermédiaire entre le directeur de recherche et le doctorant. C’est un type de travail qui m’intéresse de plus en plus, car il permet de se former au management de projets et de personnels.

Un grand merci à Yoann d’avoir répondu à nos questions, et ainsi de nous avoir fait découvrir son métier.

Si vous aussi vous souhaitez nous parler de votre profession, n’hésitez pas à nous contacter, nous serons ravis d’échanger avec vous et de partager vos expériences. En attendant, rendez-vous sur notre chaîne YouTube @Maintenantjaimelelundi