Penser des concepts créatifs, exercer sa créativité au quotidien et être rémunérée pour ça, c’est un rêve ! Mais quand ça implique beaucoup de pression, du stress quotidien, un environnement de requins ça peut vite tourner au cauchemar ! Mélanie, ancienne DA en agence a rapidement décidé de ne pas faire carrière dans ce monde là. Vivre de sa passion oui, mais pas à tout prix ! Il y a quelques années Mélanie quitte la capitale pour renouer avec ses premières amoures : la photographie. Photographe de mariage et de familles depuis plusieurs années, elle se lance aujourd’hui dans un nouveau challenge : trouver sa place dans le monde de la photographie culinaire !

Mélanie, tu as commencé ta vie pro en tant que directrice artistique junior dans une agence de pub à Paris, ça fait plutôt rêver comme début de carrière ! Raconte-nous :

Oui, ce qui me faisait rêver depuis gamine, c’était de faire de la pub télé. Pourtant le milieu de la pub est très vaste, avec des campagnes 360 tout media, et aujourd’hui, c’est le digital qui est incontournable. Je travaillais en binôme avec un concepteur-rédacteur. Notre rôle, c’était de penser le concept créatif à deux, puis de s’occuper des visuels pour ma part, des textes pour mon acolyte. C’est plus qu’un travail d’équipe, c’est une symbiose, il faut être sur la même longueur d’onde. Mais le milieu de la pub, surtout à Paris, c’est surtout un milieu de requins (non ce n’est pas un mythe), avec des promesses de CDD ou CDI jamais tenues et un rythme très intensif qui ne me convenait pas du tout. Il fallait toujours être le meilleur, le premier à être informé, à décliner, créer, buzzer, c’était trop de pression pour moi. Même s’il y a des babyfoots et des mini-golfs dans de nombreuses agences.

Puis tu as quitté la vie de salariée pour te mettre à ton compte en tant que photographe de mariage et de reportage familles il y a 8 ans. Concrètement, comment tu as sauté le pas et comment ça s’est passé au début ?

En réalité, la photo est arrivée avant la pub. J’avais décidé de faire ce job pour payer mes études, sans penser que ce serait mon métier finalement. J’ai simplement voulu régulariser ma situation aux yeux de l’administration française, ce qui a donné une micro-entreprise (c’était les débuts du statut d’auto-entrepreneur). Quand j’ai eu fini mes études et que j’ai quitté Paris, le métier que je pensais le mieux maîtriser, c’était la photo. Alors j’ai pris en main le développement de cette petite entreprise, et c’est vraiment à ce moment là (soit 3 ans plus tard) que je suis devenue photographe. Ce n’était pourtant pas le métier que je voulais faire, j’étais passée par l’étape « assistante photo » et ça ne m’avait pas plu. Mais ce métier, je l’ai appris sur le tas, et c’est à nous de le modeler pour qu’il nous ressemble. A partir du moment où j’ai commencé à avoir des clients qui me ressemblaient, c’est-à-dire qu’ils avaient des goûts similaires, le même univers et des affinités particulières avec moi, j’ai alors vraiment aimé ce métier, et ça n’a pas cessé de grandir.

Ce n’était pourtant pas le métier que je voulais faire, j’étais passée par l’étape « assistante photo » et ça ne m’avait pas plu

En réalité, la majorité du travail est faite devant l’ordinateur

Tu te lances depuis peu dans la photographie culinaire ! Qu’est ce qui t’a poussé à prendre ce nouveau chemin ?

Oui ! Un nouveau challenge pour moi, tout recommencer à zéro, reconstruire un réseau, travailler différemment, c’est comme un nouveau job !
Au bout de dix ans de reportage, j’ai eu envie de retrouver la direction artistique que j’avais choisi au départ, mais à ma façon cette fois-ci. J’aime particulièrement la scénographie, construire un projet avec une marque et produire des images qui leur correspondent, où chaque détail est soigneusement choisi. C’est aussi ma vie personnelle qui m’a fait prendre ce chemin : depuis trois ans, je dois faire attention à ce que je mange, j’ai donc réappris à cuisiner, à penser mes repas, et manger sain est devenu une vraie passion ! Je suis en train de préparer un blog culino-naturo pour partager tout cela (il sera accessible depuis mon site culinaire www.lesptitsoignons.com).

J’imagine ton métier comme un métier d’extérieur, où l’on passe ses journées avec des personnes heureuses d’être prises en photo ! J’ai juste ? Raconte-nous le quotidien d’une photographe de mariage !

En réalité, la majorité du travail est faite devant l’ordinateur, mais ce métier a bien l’avantage d’être un métier d’extérieur et surtout de rencontres ! On fait la connaissance de tout un tas de personnes extraordinaires (tant dans le mariage que dans le corporate). Mes journées sont très aléatoires. La semaine, je travaille surtout pour les entreprises et sur ma communication, administratif et post-production. Le samedi, les particuliers, pour les mariages ou les séances famille. Les hivers sont aussi plus calmes que l’été. Je voyage parfois loin pour les mariés. Quelques semaines avant le mariage, je revois les mariés pour définir le planning du jour J, sur lesquels je les ai guidé pour que tout se passe au mieux (soleil, lumière, éclairage, timing, lieux, etc). La veille du mariage, je fais la route et dors à l’hôtel, je prépare les dernières petites choses (le matériel, le planning, mon repas, etc). Le jour J, je commence dès les préparatifs, et photographie sans demander aux personnes présentes de reproduire, jouer ou rejouer des scènes. Mon approche est celle d’un storyteller : je raconte leur histoire telle qu’elle se produit, en choisissant mes angles et ma lumière, et parfois c’est aussi le hasard qui permet de faire de chouettes clichés. Ensuite, je rentre chez moi généralement le lendemain, je décharge les cartes. En général, je ne traite pas tout de suite les photos de ce mariage car j’ai souvent beaucoup de reportages ou de séances déjà en cours de traitement. Je vous parle là d’un tout petit côté du métier, qui représente seulement 20% de mon temps de travail mais il y a énormément de travail, car avant d’être photographe, je suis surtout chef d’entreprise multi-casquettes.

Mon approche est celle d’un storyteller : je raconte leur histoire

Je n’ai pas peur des photographes amateurs, je sais que j’ai dix ans d’avance !

Instant confidence. Raconte-nous : une chose que tu adores par dessus tout dans ton métier, une chose que tu n’aimes pas dans ton métier et une chose à laquelle tu ne t’attendais pas du tout en débutant cette activité de photographe indépendante

Ce que j’aime par dessus tout : le côté humain. Rendre les gens heureux avec des images, c’est quelque chose de très particulier et de gratifiant. Aujourd’hui, c’est comme une drogue, je ne pourrai pas me passer de ce contact, on crée très souvent des liens forts avec les clients et c’est comme une dose de joie, d’amour, de bonne humeur qui fait vraiment du bien.

Ce que je n’aime pas dans mon métier, c’est devoir prospecter, convaincre, négocier, et sans cesse penser à ce que l’on pourrait faire pour que son nom ou son site web reste dans les mémoires. Heureusement, j’ai fait des études de communication, c’est un avantage quand on a une entreprise pour avoir toujours tout un panel de choix stratégiques. Ce à quoi je ne m’attendais pas : c’est une activité où l’on rencontre beaucoup de monde, c’est très enrichissant, et à la fois, c’est un métier solitaire, car on travaille seul et on ne dépend que de soi-même, pour nos choix, pour nos responsabilités, et pour le développement de cette activité. Il faut trouver des solutions pour ne pas se sentir seul (comme le coworking par exemple). Tout cela étant dit, je suis heureuse d’être photographe, et je n’aurais pas pu faire autre chose, ce métier, c’est moi qui l’ai modelé à ma personnalité et c’est celui qui me fait grandir.

Les réseaux sociaux comme Instagram, tu les vois comme des opportunités de rencontres et de business ou au contraire comme un risque de concurrence (avec l’explosion des photographes amateurs) ?

Comme des opportunités. Je n’ai pas peur des photographes amateurs, je sais que j’ai dix ans d’avance ! et que nous n’avons pas les mêmes clients. Je passe mon temps sur Instagram, c’est aliénant. A regarder des stories, à regarder ce que font les copains, à s’inspirer de gens que l’on ne connait pas. Par contre, pour le côté publications, j’aimerais beaucoup avoir un community manager qui s’en charge car il ne suffit pas de poster une image pour gagner de la visibilité. C’est une véritable stratégie, et parfois ça me dépasse un peu. C’est très énergivore.

Dernière question, qu’est ce que tu conseillerais à un(e) lycéen(ne) qui souhaiterait devenir photographe professionnel ?

La photo, ça peut s’apprendre sur le tas, surtout si c’est pour du particulier. Mon conseil serait plutôt de suivre des études qui les aident à développer une entreprise. Ma formation info-comm pub a été bénéfique, même si j’avais déjà ouvert ma boîte à ce moment là. L’école de la vie fera le reste du boulot. Il y a aura des hauts et des bas, ce sont clairement des montagnes russes, mais ça en vaut la peine.

Où est-ce qu’on peut te trouver ?

Mon site mariage : www.melaniebultez.com
Mon site culinaire/corporate : www.lesptitsoignons.com
Mon site famille : www.sweetmomes.fr

et sur Facebook et Instagram avec le @folkyouverymuch (mariage), @lesptitsoignons (culinaire) et @sweetmomes (famille).