Il y a quelques jours, je vous expliquais par ici pourquoi j’ai quitté mon CDI confortable pour me lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, je vous détaille mon saut dans le vide !

Il existe déjà des milliers d’articles, de revues, de bouquins abordant ce thème. Je vous ferai donc part de mon expérience personnelle et de mon vécu (avec des vrais chiffres et tout !) Comprenez donc, que les réponses aux questions posées sont vraies pour « mon cas » mais peut être pas pour tout entrepreneur ou toute entreprise 🙂

On commence par où ?

Juin 2012. Fraichement débarquée de Paris (rupture conventionnelle sur mon dernier CDI), voici le topo :

Les trucs cool :

  • J’ai 13 mois de chômage devant moi
  • Mon idée de boite est 100% online : donc l’investissement de départ est minime
  • J’ai un petit réseau dans le monde du Web sur Bordeaux (des copains avec des compétences techniques qui me seront de très bons conseils avant comme après le lancement, un copain qui m’hébergera gratuitement dans son espace de coworking sur les premiers mois, un copain qui montera mon site (un WordPress avec plugin e-commerce) pour 500 euros…)

Les trucs moins cool :

  • Je suis de retour chez mes parents
  • J’ai une idée de boite qui n’existe pas encore : pas d’études de marché sur le sujet, pas de concurrents pour s’inspirer
  • PERSONNE (excepté mon père et une ou deux copines) ne croit en mon projet
  • Impossible de réaliser une étude de marché qui ressemble à quelque chose : déjà parce que c’est très dur de motiver les gens à répondre à une spreadsheet et ensuite parce que les quelques uns qui répondent sont tes copains – absolument pas dans la cible de la boite – pas objectifs du tout

Je me suis donc lancée, totalement à l’aveuglette en minimisant un maximum les frais (3000 euros de capital social de départ – mais auquel je n’ai pas touché. Histoire de le récupérer si jamais ça foire // 500 euros de ma poche pour le site + quelques dizaines d’euros pour les noms de domaine et l’hébergement du site // les frais de création de société (voir plus bas pour le détail).

Et donc, concrètement, pour lancer ma société :

  • J’ai réfléchis à tous les services que je voulais proposer sur mon site : j’ai tenté de les « packager », de leur trouver des noms, des descriptions, de choisir leur prix…
  • J’ai lu (pour monter en compétences sur l’entrepreneuriat, sur la gestion de projet, sur le référencement naturel, sur les relations presse/blogueurs…)
  • J’ai choisi un nom à ma société + un nom commercial pour mon site (comme ça si celui-ci foirait, je pouvais tenter autre chose avec un nouveau nom commercial sans changer de structure.
  • Je suis allée voir un expert comptable qui m’a accompagné sur les démarches de lancement (rédaction des statuts, immatriculation…)
  • J’ai lu
  • J’ai ouvert un compte Pro à la banque
  • J’ai passé mon tour sur les réunions d’informations à la CCI mais me suis faite accompagnée par l’ADIE (programme Créajeunes) : au début, parce qu’une copine y bossait mais au final, c’est une manière comme une autre de récolter des avis extérieurs sur son projet, je vous le recommande !
  • J’ai cherché à rejoindre des réseaux d’entrepreneurs (plutôt orientés web, ou femmes, ou femmes du web…), mais je n’ai malheureusement pas trouvé mon bonheur 🙁
  • J’ai lu
  • La société que j’avais quittée à Paris m’a offert mon logo (merci Martin !) : donc j’ai bossé sur un logo avec Martin
  • Le copain qui m’hébergeait a fait le graphisme de mon site
  • J’ai lu
  • Un autre copain a monté le site et je me suis créée trois boites mail : une « prénom-nom », une « service client » et une « contact »
  • Et en avant Guingamp !

Combien ça coute ?
Dans mon cas, comme expliqué ci-dessus, j’ai minimisé au maximum.

  • Environ 300 euros pour immatriculer la société.
  • 3000 euros de capital social (mais c’était plus de l’argent « bloqué » que de l’argent « investi »)
  • 500 euros pour la mise en place du site
  • Pour la carte bleue de la société : 17 euros par mois de frais
  • 1000 euros d’expert comptable pour la première année : c’est plutôt cher, dans la mesure ou j’ai fait la plupart des démarches lancement seule. J’ai changé d’expert-comptable l’année suivante
  • + quelques centaines d’euros de dépenses diverses (cartes de visite, un compte Premium Viadéo sur quelques mois, des fournitures de bureau…)

En aparté : Pourquoi créer une société plutôt qu’un statut auto-entrepreneur pour commencer ? Parce que (en résumé) lorsque vous êtes auto-entrepreneur, le pôle emploi estime que vous vous versez ce que vous gagnez (il n’existe pas de notion d’épargne ou de ré-investissement) et adapte donc vos mensualités en fonction de votre chiffre d’affaires. (Et autre point, je comptais faire des RP après le lancement, et j’estimais – à tort ou à raison, je ne sais pas – que le statut SARL amenait une image plus « pro » que le statut d’auto-entrepreneur).

LA dépense inutile : 150 euros pour l’achat d’un logiciel de compta archaïque ( ces propos n’engagent que moi) : EBP. (Il existe une tonne de logiciels ou de sites dédiés à la compta, facturation, paperasse en tous genres sur internet pour bien moins cher et bien plus user-friendly que cela…)

LA dépense (un peu) utile mais pour laquelle j’ai TRES TRES mal choisi mon prestataire : ma responsabilité civile. Pas indispensable dans mon activité, mais il est toujours mieux d’en avoir une (m’a-t-on dit). Malheureusement, j’ai fait une grosse erreur en la prenant chez Axa : cette dernière m’a couté à peu prés 600 euros… (oui vous pouvez m’appeler Pigeon !). A titre indicatif – je l’ai appris après – il est possible de contracter une RC via l’ADIE (une RC… Axa) pour… 150 euros (que l’on travaille dans le Web, dans la restauration, dans le bâtiment). Bref, je ne vais pas plus développer, ça me fait mal rien que d’y repenser.

LA dépense justifiée : un Mac Book Air. J’ai quand même attendu 6 mois avant d’investir mais vu l’antiquité sur laquelle je travaillais au quotidien, c’était une nécessité. !

Autre détail, j’ai rédigé un PV d’assemblée générale (SARL oblige) déclarant que je ne me rémunèrerai pas sur le premier exercice : ainsi j’ai pu toucher 100% de mon chômage (et j’ai réinvesti l’argent gagné pour développer la société…

Comment on se fait connaître ?

La grande question ! Comment on se fait connaître quand on est seule et sans argent sur l’immense Internet ?

Concrètement, avant même la mise en ligne, je m’étais appliquée à faire un joli plan de communication sur Excel avec des cases orange et jaune et des lignes en pointillé (plus élégant).

Voici un avant/après des choses prévues et lancées un peu au hasard sur mon doc excel versus la vraie vie.

La plan de com :

Objectif : Image
Levier : RP
Canaux : Médias régionaux offline / Médias Web / Médias nationaux offline / Fil rouge (forums, débats d’auditeurs à la radio)

La vraie vie :

Les RP n’ont pas été ma plus grande désillusion au final ! J’estime même m’en être pas trop mal tiré pour la première année.
J’ai commencé par les médias locaux avec mon réseau et mes jolis mails d’accroche et ai été citée dans Sud Ouest, Objectif Aquitaine, TV7…
Puis je me suis attaquée à de plus gros poissons, et là encore entre des dizaines de refus (et centaines de silences) je me suis fait une petite place dans un JT de 13 heures de TF1, un programme court sur Arte, une chronique sur RTL ainsi que sur le quotidien 20 Minutes (bon, version online, pas papier. Mais c’est déjà super cool quand on est personne, non ?)

Le fil rouge, c’était utopiste : en vrai, il est impossible de se tenir informée quotidiennement de toutes les émissions touchant à ma thématique étant diffusées sur toutes les radios françaises. Et puis j’ai testé deux-trois fois sans succès d’appeler des standards… Bref j’ai vite abandonné cette ligne de mon excel !

Dernier point les gros médias Web : échec. Je pense que les gros sites comme Au Féminin ou Doctissimo doivent pas mal marcher avec des articles sponsos… ou alors, je n’ai tout simplement pas essayé assez fort 🙂

Le plan de com :

Objectif : Acquisition de trafic qualifié
Levier : Acquisition payante
Canaux : Display, affiliation, Adwords…

La vraie vie :

A quel moment ai-je pensé qu’on peut se permettre de l’acquisition payante quand on a pas de sous ? 😀 Dans la vraie vie, j’ai remballé mes vieille habitudes de webmarketeuse (je sortais de plusieurs mois dans une startup qui avait levé des fonds : on avait donc les moyens de tester toutes sortes de Canaux : Adwords, Facebook Ads, Display hyper quali…) !
J’ai quand même fait quelques tests quelques mois après le lancement mais peu concluants :

Affiliation : très difficile de monter des campagnes sur un produit aussi particulier que le mien. (Et puis pour être honnête, l’affil est un monde à part, un vrai métier – encore plus que pour les autres leviers payants à mon humble avis – qui requiert des compétences que je n’ai pas). Je n’exclus pas de m’y mettre bientôt…

Adwords : les requêtes sur lesquelles je souhaitais me positionner ne produisaient pas assez d’impressions. Echec donc. J’ai quand même – par acquis de conscience – pris une journée pour suivre assister à une Google Academy Adwords et j’ai présenté mon cas à une personne de chez Google l’après-midi… sans succès.

Display : pas d’sous, pas d’display. Pas d’bras, pas d’display. (Difficile de trouver du display qu’on peut rémunérer à la vente comme pour l’affiliation)

Le plan de com :

Objectif : nouer des partenariats avec des acteurs clés
Cibles : les mairies, les écoles et lycées, les associations de parents d’élèves (pour la prévention), les groupements d’expert comptable ou d’avocats (pour les prestations d’e-réputation)…

La Vraie vie :

Echec total.

J’ai passé beaucoup de temps à comprendre comment ces différents mondes fonctionnaient, à trouver les bons contacts, à trouver le moyen d’expliquer mon business et surtout la valeur que je pourrais leur apporter : mais je n’ai pas reçu l’attention espérée.

Le plan de com :
Objectif : Aller directement à la rencontre des internautes rencontrant un problème.
Levier : les forums

La vraie vie :
Ce fut de loin de loin le moins sexy MAIS le plus efficace des leviers pour me faire connaître.
Je passais des heures à traquer l’internaute en détresse et à lui répondre.
J’essayais d’être subtile et d’affiner ma « stratégie » pour éviter d’être vue comme une spammeuse ou une adepte de l’auto-promo…

Encore aujourd’hui, la surveillance et la participation active sur certains forums assurent une partie du trafic de mon site.

Le plan de com :
Objectif : Participer à des concours de création d’entreprises

La vraie vie :
Echec. Je n’ai même jamais été qualifiée pour un second tour ou rappelée ou whatever.
Tant pis.

Le plan de com :
(Je vous jure que c’est vrai 🙂 Participer à des castings pour passer dans des jeux du genre « Tout le monde veut prendre sa place » et profiter de la présentation pour caler des mots clés qui inciteraient les gens à visiter mon site (après tout, ça fait de l’audience ces jeux là !)

La vraie vie :
J’ai décuvé et j’ai enlevé cette ligne du plan de com.

Et on fait quoi de ses journées concrètement ?

Quand j’y repense, c’est ce qui a été le plus dur au début : arriver au boulot le matin et se dire « bon, je fais quoi aujourd’hui ». C’est difficile de ne plus avoir de « planning », de « to do », de manager qui nous donne du boulot…

Mon père est entrepreneur. Il a monté sa boite quand j’avais une dizaine d’années. Il partait le matin à 7h et rentrait à 19h30-20h. Pendant presque 10 ans, il s’est octroyé une unique semaine de vacances par an. A bien y réfléchir, toutes les personnes de l’âge de mes parents qui sont entrepreneurs travaillent ainsi. Du coup je me pose souvent la question : « mais qu’est ce qu’ils font pendant tout ce temps ? » (même maintenant que j’ai une boite qui fonctionne, je ne travaille pas autant – sauf périodes charrettes, mais c’est exceptionnel ! ).

Je me souviens, un peu avant le lancement du site, avoir passé un peu plus d’un mois entier à venir 8 heures par jour au bureau et ne rien faire. RIEN. Non pas que l’envie de faire me manquait : c’est juste que je ne savais pas par où commencer… Quoi faire ? Comment m’organiser ? Comment avancer ? Dans quel sens ?

Je consultais mes boites mail tous les quarts d’heure. Rien. Le téléphone ne sonnait pas non plus. Je bloquais complétement. Et évidemment je culpabilisais.

Malheureusement je ne pense pas qu’il y ait de remède miracle à ce problème ou de méthode particulière à appliquer pour débloquer la situation.

De mon côté, voici les quelques trucs que j’ai mis en place à cette époque :

  • j’ai appris (avec le temps) à moins culpabiliser, et à profiter de mon temps libre (il y a une partie – plutôt bien écrite et réaliste – du bouquin de Tim Ferris La semaine de 4 heures qui parle de cela, si jamais vous souhaitez approfondir)
  • j’ai commencé à me faire des « To do » hyper détaillées et avec des deadlines : pas de grandes thématiques ou de phrases toutes faites du style « avancer sur le projet Machin » mais plutôt : « appeler Bidule pour lui demander telles et telles choses », « rédiger un mail pour blablabla », « rechercher 5 médias quali sur la thématique xxx pour prospection »…
  • j’ai continué à mettre un réveil le matin et à arriver avant 9h30 au boulot (quitte à ne pas bosser l’après-midi si je n’avais pas grand chose à faire. Au moins, ça me donne l’impression de garder une certaine hygiène de vie)

(Et puis pour être très honnête, j’ai eu beaucoup de chance car j’ai eu des clients très rapidement. Je n’ai pas traversé de « désert » suite au lancement. Je ne sais clairement pas comment j’aurais vécu cela…)

« Se faire son réseau » : oui, mais comment ?

Exploiter son réseau : oui. Se créer un réseau pour demander des services à tout va : non.

Ma vision du réseau, c’est entretenir des liens avec des personnes qui partagent les mêmes passions, problématiques, intérêts, connaissances, soif de savoir (…) que vous : l’idée est de s’enrichir mutuellement et de s’entre aider.
Demander de l’aide ne doit pas être problématique. De même, offrir son aide est une habitude à adopter.

De mon côté, j’ai commencé à créer mon réseau (à me rendre compte de la puissance de celui-ci !) en organisant des Startup Weekend, à Toulouse d’abord puis à Bordeaux. J’ai ainsi pu rencontrer des personnes géniales issues des éco-systèmes Web de ces deux villes.
J’ai également participé à plusieurs évènements regroupant des entrepreneurs ou des professionnels issu du Web (apéros, Barcamp, conférence en tous genres…).

Certaines des personnes rencontrées dans ces évènements sont devenues des amis. D’autres des relations qui prennent des nouvelles de temps en temps et dont je suis également le parcours. Je pars du principe que « mon réseau est ton réseau » ainsi je sais qu’en cas de besoin de je suis sûre de savoir vers qui aller pour contacter la personne idéale (théorie des 6 liens tout ça).

Pour conclure, si j’avais la possibilité de revenir deux ans en arrière et de me donner quelques conseils, voici ce que cela pourrait être :

Les do’s

  • Se remettre en question régulièrement
  • Entendre les critiques, les remarques, les conseils, les idées… (Entendre hein ! Pas écouter ! Entendre, se faire son avis, et foncer (ou pas !))
  • « Bootstrapper » : faire avec ses moyens, trouver des solutions alternatives, être créative, échanger des services… Système D 🙂
  • Tatouer cet adage sur son front : « Le mieux est l’ennemi du bien ». Tu lances ta boite. Tu es pauvre en temps, en argent, en ressources, parfois même en compétences. Fais avec les moyens du bord et lance ! Tu peaufineras plus tard !
  • Comparer. « Ne fais pas tes choix sur un seul avis. Ne commande pas un logiciel de compta à 200 euros avant d’avoir regardé ce qui se fait sur le marché. Ne prend pas une RC avant d’avoir appelé 3-4 assureurs… »

Les don’t

    • Demander un « service » : si tu ne payes pas pour un service, tu n’as pas ton mot à dire, ni sur les délais, ni sur la qualité du service rendu. Si tu n’as pas d’argent, trouve une autre monnaie d’échange (vicieux s’abstenir) mais reste toujours dans une logique de donnant/donnant.
    • Faire un prévisionnel des ventes à 1 – 3 – 5 ans : BULLSHIT (encore une fois, on parle de « mon expérience » : j’étais sur un nouveau marché et je n’avais pas besoin d’emprunter ou de lever des fonds).
    • Être obtus : insister dans des voies sans issues, ne pas être prêt à prendre un virage, s’entêter à garder une idée de départ qui n’est pas viable.