On vient de vivre une période qui nous a fait prendre conscience qu’il existait beaucoup de manières de classer les métiers, comme par exemple les « confinables » et les « inconfinables » ou encore les « nécessaires » et… les « moins nécessaires » !
Alors pour le premier épisode de ce nouveau format qu’on vous propose j’ai eu envie de vous parler un métier nécessaire et inconfinable.

Alors on l’a vu, il y en a beaucoup ! Ceux dont on a beaucoup entendu parler : les métiers autour de la santé, autour de l’alimentation…
Et puis ceux dont on a moins entendu parler : les métiers liés à toutes ces industries qui ne peuvent pas s’arrêter, même en période de crise : l’énergie, les réseaux d’eau potable et d’assainissement, la collecte et le traitement des déchets (y compris médicaux)…

Dans cette vidéo, vous allez découvrir des choses qui vous ignorez peut-être sur le métier d’éboueur. Mais d’abord, une petite histoire :

La petite histoire

Cette envie de vous parler du métier d’éboueur est venue parce que j’ai vu passer plusieurs fois un article que j’ai trouvé très intéressant (tous les liens et sources de cette vidéo disponibles en bio), qui relatait une comparaison entre une grève d’éboueurs et une grève de banquiers. Je vous en dis un peu plus :

Février 1968, New York. 7000 éboueurs décident de faire une grève suite à un échec de négociations avec la mairie pour revaloriser leur travail.
Pour l’anecdote, déjà ça commence mal, parce qu’on leur refuse le droit de grève (parce que leur job est trop important ^^ Mais pas assez pour être revalorisé. Bref.)
Chaque jour ce sont 10 000 tonnes de déchets qui ne sont pas ramassées, pour le plus grand bonheur des rats.
Commence alors une campagne de dénigrement orchestrée par la mairie et relayée par les différents médias locaux : les éboueurs seraient des personnes narcissiques et égoïstes. On les affublent de tous les défauts et de tous les maux pour essayer de décrédibiliser leur mouvement et leur discours.
Spoiler alerte : après 9 jours de grève, la mairie craque et valide les revendications des « garbagemen ».

2 ans plus tard, Irlande, 1970.
Les employés des banques du pays se mettent en grève car leurs salaires n’ont pas suivi l’inflation du pays.
Du jour au lendemain, 85% des réserves du pays ont été bloquées.
Au début les experts pensaient que cette grève allait poser de gros problèmes : parce que de moins en moins de liquidités disponibles, parce que ralentissement de la consommation et des activités commerciales, et du coup indirectement augmentation du chômage…
Et bien cela n’a pas été le cas. L’économie irlandaise a continué de fonctionner.
Au total la grève durera 6 mois…

(Est ce que ça se passerait de la même manière aujourd’hui, pas sûr car ce qui a sauvé l’Irlande, c’est que les pubs, lieux emblématiques de tous les irlandais, ont servi de substitut pendant la période. La monnaie circulait via le biais des pubs, les patrons de pubs acceptaient les chèques (non encaissables alors) de la part des clients qu’ils connaissaient bien et en qui ils avaient confiance…)

La différence entre éboueurs et banquiers : les éboueurs créent de la richesse, les banquiers la déplacent.
Ca ne veut pas dire que les métiers de la banque et les autres métiers de « cols blancs » comme on dit, ne demandent pas de compétences ou sont inutiles. Il faut certainement être intelligent pour pratiquer ce genre de métiers. Sinon on ferait tous de la spéculation et on aurait tous une résidence secondaire au bord de la mer ! Mais « Le fait que quelque chose soit difficile ne la rend pas automatiquement précieuse ».

La conclusion de cet article c’est qu’il faut arrêter de penser que que tout travail a du sens en lui-même et que la valeur du travail se reflète dans son niveau de salaire.

Un métier nécessaire mais qui ne crée pas de vocations

Mais alors pourquoi un métier nécessaire comme celui d’éboueur n’est pas plus envié ? Pourquoi on entend pas les enfants dire “quand je serai grand, je veux être éboueur” ? Pourquoi les trentenaires qui entament des reconversions à la suite de crises de sens n’envisagent pas une carrière d’éboueur ?

Les éboueurs ont un rôle sanitaire et une utilité sociale incontestables : ils sont les garants de l’absence de crise sanitaire. Si les éboueurs disparaissaient, c’est l’espérance de vie de toute la population qui diminuerait !

Ce qui peut expliquer que les gens ne se jettent pas sur ce type de carrière, ce sont, tout simplement, les conditions de l’emploi : les horaires, le salaire…

En fin de vidéo, je vous ferai un petit récap du métier façon “fiche d’orientation”, on parlera du salaire et vous verrez, ce n’est pas fou-fou. Mais arrêtons-nous ici sur les horaires.

Les sciences l’ont prouvé : les horaires atypiques, c’est mauvais pour la santé.

Je me suis penchée sur des études et articles produits par deux organismes sérieux :
L’INRS : Institut national de recherche et de sécurité
L’ANSES : Agence nationale de sécurité sanitaire alimentation, environnement, travail

Les horaires atypiques, et tout particulièrement le travail de nuit constituent un facteur de risque pour les travailleurs. L’ANSES a classé les risques selon 3 degrés : les risques avérés, probables et possibles. Et écoutez un peu :
Risques avérés : troubles du sommeil et troubles métaboliques. Résultat : des risques de somnolence, une diminution de la vigilance qui peuvent être à l’origine d’accidents.
Les troubles métaboliques, ça peut être par exemple l’augmentation du cholestérol, de la pression artérielle, de la glycémie… autant de paramètres qui ont bien sûr un impact sur la santé du travailleur.
Risques probables : effets sur la santé psychique, les performances cognitives, la prise de poids…
Risques possibles : hypertension artérielle ou AVC.
Concernant les femmes enceintes le travail de nuit augmenterait le risque d’avortement spontané ou d’accouchements prématurés…

Après tout cela, est ce qu’on a encore un doute quant au fait que le métier d’éboueur devrait être plus valorisé et rémunéré voire, pourquoi pas, ré-aménagé ? Non aucun.

Fiche métier

Pour finir : petite fiche métier
Quand on parle d’éboueurs on parle de
QUI : des personnels affectés à la salubrité »: chauffeurs, ripeurs (les mecs à l’arrière des camions), agents d’exploitations (quai de transfert, centre de stockage ou de tri, etc.) / les professionnels de la gestion des déchets
QUOI : ramassent vos ordures, vident vos bacs, récupèrent vos encombrants, assurent l’entretien des points d’apport collectifs

Il existe 2 CAP liés au métier d’éboueur (CAP PEUCR – propreté de l’environnement urbain – collecte et recyclage – CAP agent d’assainissement et de collecte des déchets liquides spéciaux).
Mais c’est un métier accessible sans diplôme. C’est à dire qu’on va se former directement auprès de l’employeur.
Concernant le recrutement, il y a deux canaux : les municipalités ou les entreprises privées de nettoiement.
Et niveau salaire, après quelques recherches sur le net, j’ai l’impression qu’on part d’un SMIC auquel on ajoute des primes liées aux conditions de travail. J’ai trouvé des salaires nets mensuels autour de 1800 euros.

Cette vidéo touche à sa fin. On espère qu’elle vous a plu et que vous avez appris des choses au sujet du métier d’éboueur. Nous en tout cas, on a pris beaucoup de plaisir à se documenter sur le métier et qui sait, peut-être qu’on aura un jour l’occasion de carrément tester le métier pour en faire une “vidéo métier” avec le retour d’expérience d’un professionnel !

Sources

https://youtu.be/zrS-OkFTLkc
http://www.inrs.fr/risques/travail-de-nuit-et-travail-poste/effets-sur-la-sante-et-accidents.html
https://www.usinenouvelle.com/article/covid-19-eau-potable-nucleaire-dechets-energie-ces-industries-qui-ne-peuvent-pas-s-arreter.N940996
https://evonomics.com/why-garbage-men-should-earn-more-than-bankers/
Version française : https://jeanneemard.wordpress.com/2017/04/19/les-eboueurs-et-les-banquiers/